Littérature & co.

Hell.com, l’œuvre d’un maître de la « paralittérature »

Patrick Senécal est le seul écrivain d’horreur que je lis encore aujourd’hui. Considéré comme un maître de ce genre dit paralittéraire (ne trouvez-vous vous aussi qu’il est ironique de mettre les mots maîtres et paralittérature ensemble pour ensuite dévalorisée cette dernière?), c’est de par son origine québécoise que je me suis intéressée à lui. Étant une poule mouillée depuis toujours bien que je ne l’assume que depuis la fin de mon adolescence, l’horreur n’est pas mon genre principal. J’ai bien sûr écouté nombre de films d’horreur, mais ce n’est pas la même chose pour les livres. Voyez-vous, ce qui m’effraie le plus dans les films c’est lorsque l’on ne voit pas l’élément inquiétant. Lorsque je ne vois pas, cela laisse le pouvoir à mon imagination beaucoup trop débordante de se faire des images, de s’inventer des idées, etc. Et c’est le problème avec la littérature d’horreur. Les mots que l’on lit dans un livre nous plongent totalement au cœur de l’histoire et pourtant, aucune image ne vient aider l’imagination du lecteur. Dans ce scénario, c’est donc mon imagination qui aide à combler les images que le livre suggère, et souvent, cela est beaucoup plus effrayant que les rendus cinématographiques.

Ce problème chez moi m’a toujours attristé puisque de ce fait, je ne me suis jamais aventurée à lire Stephen King (en tant qu’étudiante en littérature, je hais l’admettre). Vous me direz « mais tu lis bien Senécal ! ». C’est vrai, mais il est connu que les deux auteurs présentent leurs effets de terreur différemment. Alors que King laisse plusieurs éléments en suspens, ne montre pas réellement les monstres, ce qui force l’imagination à combler ces vides, Senécal nous montre tout et cela se voit à travers de nombreuses scènes gore.

Enfin, tout cela pour dire que j’ai lu quelques œuvres de Senécal et qu’au fil des années, malgré les nouveaux romans qu’il publie, je reviens toujours au même : Hell.com. Ce roman mélange l’horreur et le thriller, faisant souffrir le lecteur de l’attente de ce qui se passera. L’histoire raconte celle d’un homme milliardaire, Daniel, qui rencontre un ancien camarade de collègue lui proposant de devenir membre d’un site secret, réservé à l’élite et où tout est permis. Évidemment, cet évènement va chambouler la vie du milliardaire et rien ne sera plus comme avant.

La force de ce roman vient principalement du réalisme avec lequel est dépeint ce site et les activités liées à celui-ci. Que ce soit les activités secrètes dans des rues cachées de Montréal, les combats à mort, le droit de payer pour battre un itinérant, etc. Tout est décrit avec nombre détails et la violence des activités ne laisse pas place à l’imagination. Cependant, le récit est particulièrement troublant puisqu’il est impossible de ne pas se demander tout au long du roman si cela se produit vraiment. Une organisation secrète qui possède un site internet et permet aux plus riches de réaliser tous leurs désirs, passant tant par les relations sexuelles un peu violentes à l’assassinat d’individus sous forme de jeu de tire. Et bien que l’on réussisse à se convaincre qu’une telle organisation n’existe pas, on ne peut pas en dire autant des fléaux qui sont soulevés dans le livre tels que l’esclavage humain, les dangers de l’itinérance et de la prostitution, des meurtres, etc.

Au final, ce roman garde le lecteur en suspens jusqu’à la fin, insinuant la terreur, le dégoût et le faisant réfléchir à plusieurs problèmes moraux. La fin n’est pas non plus négligeable à l’impression que Hell.com laisse aux lecteurs, et à moi-même, à la suite de la lecture. Le fait que l’organisation gagne et continue ses activités même lors du dénouement est une perspective terrifiante et cette image est bien trop forte pour ne pas se souvenir longtemps de ce livre (je n’aime pas les happy ending, mais pour une fois je ne me serais pas plainte à ce qu’il y en ait un!). Ainsi, malgré que je sois facilement terrifiée (je l’ai été durant ce roman, soyez en sûr), j’ai beaucoup apprécié les aspects psychologiques et moraux de ce livre et bien que je l’aie déjà lu quelques fois, je n’hésiterais pas à le relire encore.

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